Alexandra Roux

alexSociologue
aroux.edu[at]gmail.com

Post-doctorante à l’Iris (Inserm/Cnrs/USPN, Paris), Chercheuse associée au Cermes3 (EHESS/UDP)

Alexandra Roux est post-doctorante en sociologie à l’Iris, sur deux projets portant sur les enjeux de l’évaluation des risques en cancérologie, et les représentations des professionnel·les par rapport à l’introduction de nouvelles techniques de mesure du risque et de dépistage (« MyPeBS » et « GeneInfoKid »), sous la direction de Sandrine de Montgolfier.

Sa thèse, sous la direction de Nathalie Bajos et d’Ilana Löwy, et soutenue en 2020 à l’EHESS, portait sur la trajectoire de la pilule contraceptive en France et sur la genèse, entre 1960 et 2000, d’une norme contraceptive centrée sur cette méthode. Ses recherches portent plus largement sur la diffusion des technologies contraceptives, et s’inscrivent à la croisée entre socio-histoire des sciences, des techniques, de la médecine et études de genre. Elle mobilise des travaux en histoire et en sociologie du médicament et de l’industrie pharmaceutique, en histoire des techniques (technologiques contraceptives et hormones dites « sexuelles »), en socio-histoire de la médecine, et en sociologie de l’expertise (production des savoirs en endocrinologie et en épidémiologie). Ses réflexions portent également sur les enjeux du croisement des méthodes qualitatives et quantitatives dans les recherches socio-historiques.

Thèse (soutenue en juin 2020)

« Par amour des femmes » ? La pilule contraceptive en France, genèse d’une évidence sociale et médicale (1960-2000)

Directrices de thèse : Ilana Löwy (Cermes3) et Nathalie Bajos (Inserm)

Résumé

La pilule contraceptive est aujourd’hui centrale dans les pratiques comme dans les représentations en France, au point que son recours élevé et que le moindre usage des autres méthodes fassent figure d’évidence. La thèse retrace la genèse de cette évidence, en montrant de quelle manière le recours à la pilule comme méthode principale de contraception est devenu, entre 1960 et 2000, une norme sociale et médicale. Elle s’appuie pour cela sur un large corpus d’archives, sur des entretiens avec des expert·e·s en contraception, et sur les données d’enquêtes nationales sur les pratiques contraceptives et prescriptives. Cette recherche montre que la norme contraceptive française — faisant de la pilule la méthode principale d’espacement des naissances, et du dispositif intra-utérin la principale contraception d’arrêt, lorsque les femmes ne souhaitent plus avoir d’enfant — se généralise au cours des années 1980. En parallèle de cette évolution dans les pratiques, la pilule devient centrale dans les représentations médicales et médiatiques à la fin des années 1960, jusqu’à se confondre avec la contraception dans son ensemble. Ce « pilulocentrisme » médical et médiatique s’accompagne de l’éviction des autres méthodes contraceptives. Ce travail de thèse a permis d’éclairer le rôle des expert·e·s en contraception dans la définition et la diffusion de cette norme. D’une vision de la contraception comme une panoplie de méthodes, ces expert·e·s évoluent progressivement vers l’idée que la pilule est la seule méthode efficace et sans risque, dans les limites de ses contre-indications. Les industries pharmaceutiques ont également un rôle déterminant dans la définition des catégories mobilisées par les expert·e·s, et dans la focalisation progressive de l’offre contraceptive sur les contraceptifs oraux. Si des tentatives de contestation de la norme contraceptive ont émergé, notamment dans le champ médical, à la fin des années 1960 et au début des années 1980, elles n’ont finalement eu que peu d’impact. Les militantes féministes des années 1970 se sont révélées être des alliées plutôt que des opposantes à cette norme, et ont érigé la pilule comme symbole des luttes pour les droits reproductifs.

Publications

Roux Alexandra, 2021, « Sociologie de la contraception en France », Médecine/Sciences., vol. 37, n°6-7, juin-juillet 2021, p. 647-653.

Roux Alexandra, 2020, « Par amour des femmes » ? La pilule contraceptive en France, genèse d’une évidence sociale et médicale (1960-2000), Thèse de sociologie, Paris, France, EHESS, 554 p.

Le Guen Mireille, Roux Alexandra, Rouzaud-Cornabas Mylène, Fonquerne Leslie, Thomé Cécile, Ventola Cécile pour le Laboratoire junior Contraception&Genre, 2017, « Cinquante ans de contraception légale en France : diffusion, médicalisation, féminisation », Population et Sociétés, 549, p. 1‑4.

Roux Alexandra, Ventola Cécile, Bajos Nathalie, 2017, « Des experts aux logiques profanes : les prescripteurs de contraception en France », Sciences sociales et santé, 35(3), p. 41‑70.