Cécile Thomé

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En post-doctorat à l’Ined

 

Titre du projet de post-doctorat : Le rapport au corps et à la santé dans les choix contraceptifs des jeunes femmes en France selon le milieu social

Accueil à l’Ined (du 1er septembre 2020 au 31 août 2022) – UR14 « Santé et droits sexuels et reproductifs »

Chercheuse référente : Virginie Rozée (Ined)

Ce projet post-doctoral porte sur le rapport à leur corps et à leur santé des jeunes femmes (entre 20 et 30 ans) utilisatrices d’une méthode de contraception. En dépassant le paradigme de l’efficacité contraceptive, il s’agit de voir en quoi le fait de prendre en compte les différents effets des méthodes contraceptives, médicales ou non, sur le corps, la santé ou encore le rapport à soi-même peut permettre de mieux comprendre leur utilisation par les jeunes femmes dans les différents milieux sociaux et l’évolution que celle-ci connaît actuellement, en lien avec le renouvellement chez cette génération du rapport au corps et à la santé et avec une demande de méthodes plus « naturelles » ou, en tout cas, moins « hormonales ». Il comprend un volet quantitatif (analyse d’enquêtes de l’Ined/Inserm ainsi que de données recueillies en ligne) et un volet qualitatif (entretiens avec des jeunes femmes de différents milieux sociaux).

Page personnelle

Thèse (soutenue le 18 novembre 2019)

 La sexualité aux temps de la contraception. Genre, désir et plaisir dans les rapports hétérosexuels (France, années 1960 – années 2010)

Directeur de thèse : Michel Bozon (Ined)

Résumé

Ce travail de thèse porte sur les recompositions de la sexualité hétérosexuelle et des rapports de genre en France, depuis les années 1960, dans un contexte de généralisation de l’utilisation de la contraception médicale. Il vise à faire la sociogenèse des scripts de la sexualité « contraceptée », que cette contraception soit assurée par des moyens « médicaux » (méthodes hormonales, stérilet au cuivre, stérilisation), des méthodes barrières (préservatif masculin ou féminin, diaphragme, spermicides) ou encore par des méthodes alternatives souvent qualifiées de « naturelles », comme le retrait ou les méthodes d’auto-observation (méthode Ogino, méthode des températures, méthode Billings, méthode symptothermique).

Le travail s’appuie sur trois types de matériaux : des données d’archives et des témoignages écrits, une analyse secondaire de données quantitatives et 71 entretiens semi-directifs avec des hommes et des femmes ayant entre 20 et 84 ans. Il s’agit, à partir de ces matériaux, de rendre compte des représentations naturalisées de la sexualité, du désir et du plaisir sexuels, ainsi que des rapports de pouvoir qui sont mis au jour par l’étude concrète des pratiques contraceptives et sexuelles.

La thèse restitue d’abord la construction et le déroulement de l’enquête, en interrogeant épistémologiquement la sexualité aux différentes ères de la contraception. Il s’agit de réfléchir à la construction d’un objet qui ne va pas « de soi », ainsi que de mener une réflexion méthodologique sur les conditions de possibilité d’une telle recherche sur la sexualité. Puis c’est une démarche sociohistorique qui est adoptée, avec l’étude de l’évolution de l’articulation entre sexualité et contraception, en particulier autour de la diffusion de la contraception médicale (années 1960-1970) et de celle du préservatif (années 1980-1990). La recherche montre que le plaisir sexuel des femmes n’est pas né avec la pilule, mais également que les rapports de genre autour de la sexualité se sont largement recomposés dans cette période, alors que la contraception passait du statut de compétence masculine à celui de responsabilité féminine. En se centrant ensuite sur le milieu des années 2010, la thèse s’appuie sur l’étude détaillée des pratiques contraceptives, pour approcher la sexualité et les réflexivités sexuelles créées par chaque méthode. Revenant successivement sur les méthodes médicales, les méthodes barrières et les méthodes alternatives de contraception, elle met au jour trois types de réflexivité sur la sexualité (attentive, obligatoire et amplifiée). Le travail contraceptif impliqué par chaque méthode y est également interrogé, de même que ses effets en matière de désirs, de plaisirs et de pratiques sexuelles. Enfin, ce travail met en évidence, grâce à l’étude de la contraception, certains fondements de la sexualité hétérosexuelle contemporaine. Ce sont en particulier la force de la réciprocité, la centralité de la pénétration pénovaginale et la nécessité des disponibilités physique et émotionnelle pour le bon déroulement du script « banal » qui sont mises en évidence, ainsi que le travail des femmes sur la sexualité pour produire la spontanéité de ce script.

Méthodologie / matériaux

Ce travail s’appuie principalement sur trois types de matériaux. En premier lieu, des données d’archives, visant à éclairer les effets de la légalisation de la contraception médicale, puis de l’arrivée du sida, sur la sexualité hétérosexuelle. J’ai consulté en particulier les « dossiers thématiques » conservés à la bibliothèque Marguerite Durand, dont les domaines de spécialités sont les femmes et le féminisme, et qui sont constitués d’extraits de presse collectés depuis les années 1960 et organisés par thème (« la contraception », « le sida », « la sexualité »). J’ai aussi constitué un corpus de recueils de témoignages sur la vie sexuelle et les choix contraceptifs datant des années 1960 et 1970, qui permettent une forme d’accès à la manière dont la légalisation de la pilule – et, donc, la médicalisation de la contraception – a été vécue. Enfin, ce premier versant du matériau est aussi constitué des textes publiés dans les années 1960 et qui discutent des effets possible de la légalisation de la pilule sur la sexualité, que ce soit en termes positifs (en France, principalement des textes féministes) ou négatifs (en particulier venant de penseurs catholiques).

Un second type de matériau est constitué de données quantitatives (les enquêtes de statistique publique FECOND-2010 et FECOND-2013, Inserm/Ined), permettant de mettre au jour les pratiques contraceptives et de protection contre les IST aujourd’hui, leurs évolutions après la « crise de la pilule » de 2012/2013 et leurs effets sur la sexualité. L’analyse (à l’aide du logiciel R) de ces bases de données a permis la production de données représentatives quant aux effets de l’utilisation de différentes méthodes de contraception sur le plaisir et sur le désir des femmes et des hommes, mais aussi quant à l’utilisation de ces différentes méthodes selon les positions dans l’espace social.

Enfin, les données qualitatives, à savoir 71 entretiens avec des hommes et des femmes appartenant à différents milieux sociaux et âgé·e·s de 20 à 84 ans, représentent la dernière partie de ce matériau. Ces entretiens, d’une durée moyenne d’une heure et quarante minutes, visaient à interroger les parcours contraceptifs et sexuels de différentes générations d’individus (recruté·e·s grâce à des centres de dépistage, des forums en ligne, des sites internet, des associations, etc.). Ils permettent d’avoir accès à deux types d’analyse. D’abord, une comparaison entre trois générations : celle qui a commencé sa vie sexuelle avant la légalisation de la pilule, celle qui a commencé sa vie sexuelle avant l’arrivée du VIH, et enfin les différentes générations qui ont grandi en devant tenir compte de l’existence du VIH. Ensuite, une comparaison de ce que l’utilisation par les femmes et par les hommes de méthodes de contraception différentes (et parfois aussi de protection contre les infections sexuellement transmissibles) fait à leur sexualité, que ce soit en termes de plaisir, de désir ou encore de spontanéité de l’acte sexuel. En particulier, j’ai effectué une quinzaine d’entretiens avec des utilisatrices/teurs de méthodes de « gestion de la fertilité » (méthodes des températures, observation de la glaire cervicale et du col de l’utérus, méthode du calendrier). Ces méthodes permettent de déterminer des moments « fertiles » dans le cycle et, définissant ainsi une temporalité de la sexualité (avec des moments d’abstinence ou de protection par une méthode barrière), ils permettent particulièrement bien de mettre au jour certains impensés de la sexualité contemporaine.

Publications

Thomé Cécile, 2019, La sexualité aux temps de la contraception : genre, désir et plaisir dans les rapports hétérosexuels (France, années 1960 – années 2010), Thèse de doctorat en sociologie, Paris, EHESS, 600 p.

Thomé Cécile, Rouzaud-Cornabas Mylène, 2017, « Comment ne pas faire d’enfants ? La contraception, un travail féminin invisibilisé », Recherches sociologiques et anthropologiques, 48(2), p. 117‑137.

Le Guen Mireille, Roux Alexandra, Rouzaud-Cornabas Mylène, Fonquerne Leslie, Thomé Cécile, Ventola Cécile pour le Laboratoire junior Contraception&Genre, 2017, « Cinquante ans de contraception légale en France : diffusion, médicalisation, féminisation », Population et Sociétés, 549, p. 1‑4.

Thomé Cécile, 2016, « D’un objet d’hommes à une responsabilité de femmes. Entre sexualité, santé et genre, analyser la métamorphose du préservatif masculin », Sociétés contemporaines, 4(104), p. 67‑94.