Cécile Ventola

cécileVSociologue
cecile.ventola@ined.fr

Docteure en santé publique, spécialité sociologie (Ined)

 

Titre de la thèse : “Prescrire, proscrire, laisser choisir : Autonomie et droits des usager.e.s des systèmes de santé en France et en Angleterre au prisme des contraceptions masculines ”

Date de début : octobre 2011 – Soutenance : 15 mai 2017

Directrices : Nathalie Bajos (Inserm) et Agnès Fine (EHESS)

Résumé

En France, la diffusion des méthodes médicales de contraception à partir des années 1960 s’est accompagnée d’un phénomène de féminisation des pratiques, avec une focalisation sociale et médicale sur les femmes comme principales responsables contraceptives. Dans d’autres pays occidentaux, la médicalisation de la contraception semble avoir laissé une plus grande place aux hommes dans le paysage contraceptif. En Angleterre, les méthodes masculines de contraception (préservatif, vasectomie) sont utilisées par 48% des couples contre environ 15% en France. La moindre féminisation des usages contraceptifs amène à interroger la construction sociale de la surresponsabilisation des femmes en matière de régulation de la fécondité.

Cette thèse interroge ces différences sous l’angle institutionnel, qu’il s’agisse des contrastes légaux et politiques historiques entre les deux pays, ou encore de l’environnement normatif médical qui structurent le déroulement du choix contraceptif. La médicalisation de la contraception a en effet pour conséquence que les médecins sont considéré.e.s comme les expert.e.s de ce domaine et qu’elles et ils contribuent largement à définir le champ des possibles et du souhaitable pour les usager.e.s. Ce travail s’appuie, outre une analyse comparative historique et institutionnelle approfondie, sur des entretiens avec les soignant.e.s en charge de la prescription contraceptive dans les deux pays, afin de caractériser ce qui, dans les appréhensions nationales de la contraception, peut éclairer ces différences sexuées en matière d’usages contraceptifs.

La perspective comparative permet de démontrer que les contextes britanniques et français sont caractérisés par des approches historiquement contrastées de la régulation des naissances, la tradition nataliste française s’opposant à l’héritage socio-politique de l’eugénisme en Angleterre. Ces traditions historiques ont pour conséquence des modalités d’accès à la contraception, et particulièrement aux méthodes définitives, plus libérales outre-Manche que dans l’hexagone. Par ailleurs, les identités professionnelles médicales des deux pays s’appuient sur des conceptions très différentes du rôle médical et de la place des usager.e.s. Si la médecine libérale française est protectrice de l’autonomie des professionnel.le.s, le service public britannique tend au contraire à favoriser celle des usager.e.s, ce qui se traduit par des garanties institutionnelles apportées au libre choix contraceptif. La comparaison des représentations et récits de pratiques des praticien.ne.s permet ainsi d’établir que les systèmes de santé français et britannique sont principalement distingués par l’encadrement de la formation et des pratiques médicales. En France, la faiblesse de cet encadrement autorise une grande diversité de pratiques en matière contraceptive, et notamment une approche paternaliste du choix contraceptif et l’expression de réticences professionnelles genrées vis-à-vis des méthodes de contraception masculines disponibles. En Angleterre, la régulation publique de la formation et des pratiques tend à standardiser les approches professionnelles du choix contraceptif, et laisse une place plus importante aux préférences des usager.e.s.

Méthodologie / matériaux

Ce travail s’appuie principalement sur trois types de matériaux. Il mobilise premièrement des entretiens semi-directifs conduits avec les prescripteur/rice.s de contraception dans les deux pays. En France, 8 médecins généralistes et 8 gynécologues ont été interrogé.e.s. En Angleterre, le droit de prescription étant plus large, des infirmier.e.s (n=6) ont été rencontré.e.s en plus des médecins généralistes (n=7) et des spécialistes en santé sexuelle et reproductive (n=4). Les entretiens permettent d’analyser les représentations des professionnel.le.s, notamment en termes de genre, en matière de responsabilités contraceptives et de droit au choix. Par ailleurs, leurs récits de pratiques autorisent une analyse des logiques guidant leurs recommandations et prescriptions contraceptives face aux usager.e.s.

En deuxième lieu, cette thèse s’appuie sur des matériaux visant à contextualiser largement les pratiques professionnelles. Elle mobilise d’une part des données d’archives (Family Planning Association, Mouvement Français pour le Planning Familial, Eugenics Society) afin de mettre en exergue les contextes politico-historiques de la diffusion de la contraception et le poids des traditions politiques en matière de régulation des naissances. En second lieu, la comparaison des systèmes de santé, d’un point de vue historique et institutionnel, permet de resituer les pratiques professionnelles dans le cadre de cultures institutionnelles nationales. Cette analyse mobilise les productions institutionnelles (Codes de déontologie médicale, règlements sanitaires et institutionnels) ainsi que la littérature grise relative au fonctionnement des systèmes de soins (rapports gouvernementaux).

La contextualisation des usages contraceptifs et des pratiques professionnelles en France s’appuie également sur l’analyse des données des enquêtes Contexte de la Sexualité en France, FECOND 2010, et FECOND Médecins.

Publications

Le Guen Mireille, Roux Alexandra, Rouzaud-Cornabas Mylène, Fonquerne Leslie, Thomé Cécile, Ventola Cécile pour le Laboratoire junior Contraception&Genre, 2017, « Cinquante ans de contraception légale en France : diffusion, médicalisation, féminisation », Population et Sociétés, 549, p. 1‑4.

Roux Alexandra, Ventola Cécile, Bajos Nathalie, 2017, « Des experts aux logiques profanes : les prescripteurs de contraception en France », Sciences sociales et santé, 35(3), p. 41‑70.

Ventola Cécile, 2016, « Le genre de la contraception : représentations et pratiques des prescripteurs en France et en Angleterre », Cahiers du Genre, 60, p. 101‑122.

Le Guen Mireille, Ventola Cécile, Bohet Aline, Moreau Caroline, Bajos Nathalie, 2015, « Men’s contraceptive practices in France: evidence of male involvement in family planning », Contraception, 92, p. 46‑54.

Ventola Cécile, 2014, « Prescrire un contraceptif : le rôle de l’institution médicale dans la construction de catégories sexuées », Genre, sexualité & société, 12.