Leslie Fonquerne

leslieSocio-anthropologue
leslie.f.31@hotmail.fr

Doctorante en sociologie à l’Université Toulouse Jean Jaurès (CERTOP, TESC)

 

Titre de la thèse : (Faire) Avaler la pilule : Enjeux de prescriptions et d’utilisations d’une contraception « en crise ».

Date de début : Octobre 2015

Directeur·trice de thèse : Stéphanie Mulot (CERTOP, UT2J) et Julie Jarty (CERTOP, UT2J)

Contexte et Problématique

En France, si au moment de son autorisation en 1967 la contraception orale était perçue comme objet d’émancipation sexuelle pour les femmes, elle fait aujourd’hui l’objet d’une méfiance  sanitaire et sociale, notamment depuis le scandale médiatique (2012) des pilules de dernières générations, dû à un sur-risque de thrombose veineuse associé à leur consommation par rapports aux pilules de deuxième génération. Médecins et féministes ayant été allié·e·s dans des luttes œuvrant pour que les femmes disposent librement de leur corps (au sein du MLAC par exemple), il apparaît encore peu légitime de remettre cette contraception en question. Pourtant, le contrôle médicalisé des corps des femmes, induit par la contraception hormonale, nuance la liberté dont il a été question à la fin des années 1960.

D’une part, les hormones synthétiques inspirent une inquiétude sanitaire (visibilisation des contraintes et des effets indésirables lié·e·s à une prise de pilules) participant à une certaine remise en question du pouvoir médical (visibilisation des violences gynécologiques).

D’autre part, les multiples usages possibles de la contraception orale (propriétés contraceptives et médicales) ainsi que son incorporation active (utilisation quotidienne) et prolongée (utilisation sur la durée) impliquent que les femmes portent la charge mentale, physique, émotionnelle et économique de cette contraception et ne favorisent donc pas une responsabilité mutuelle des partenaires de la gestion de la contraception.

Enfin, si la méfiance à l’égard de cette méthode contraceptive a entrainé une baisse de son taux d’usage, elle reste encore la contraception la plus utilisée en France. Il semble alors que le corps médical continue de favoriser l’utilisation de cette contraception (de deuxième génération en première intention) malgré la désaffection des usagères à l’égard de l’ensemble de la contraception orale.

Quelles sont alors aujourd’hui les logiques de prescriptions et d’utilisations de cette contraception ? Pourquoi les femmes se conforment-elles à cette norme contraceptive en même temps qu’elles la critiquent ? Quelle est la part de libre arbitre et de pouvoir médical dans l’utilisation de cette contraception ?

Cette recherche propose de traiter les usages de la contraception orale en la considérant auprès de chaque membre d’une chaîne décisionnelle et relationnelle : usagères – mères d’usagères – partenaires d’usagères – professionnel·le·s de santé ; mais aussi laboratoires pharmaceutiques et politiques publiques sur un plan plus théorique. Il s’agira donc de mettre à jour des enjeux sociaux, politiques, marchands et de genre, relatifs aux usages de contraception orale.

Axes d’analyse et méthodologie

Cette thèse espère proposer une analyse sur trois niveaux. A un niveau micro social, il s’agit à la fois d’étudier des parcours contraceptifs et d’en apprécier l’évolution grâce à des récits de vie et des entretiens semi-directifs répétés, mais aussi de tenir compte des négociations entre les usagères et leur entourage dans les choix et les usages contraceptifs. A un niveau meso social des rapports de pouvoir sont mis à jour : entre patientes et médecins et entre professionnel·le·s de santé elles·eux-mêmes. Enfin, les usages contraceptifs variant d’un pays à l’autre, il parait pertinent de s’intéresser, sur un plan plus théorique, aux logiques macro sociales à travers les politiques de santé publique afin d’apprécier leur influence sur les deux niveaux précédents.

Pour ce faire, des entretiens ont été menés auprès de 17 (anciennes) utilisatrices de contraception orale (principalement les 20-24 ans, très concernées par cet usage) pour comprendre leurs parcours contraceptifs et les évolutions de ceux-ci. Leurs mères, souvent initiatrices à une prise de pilule et au premier rendez-vous gynécologique, ainsi que leur(s) partenaire(s) masculin(s), plus ou moins impliqués dans le choix et l’usage quotidien de cette contraception, ont également répondu à des entretiens. Enfin, des entretiens ont été menés auprès de 42 professionnel·le·s de santé habilité·e·s à prescrire ou délivrer une contraception orale (gynécologues, médecins généralistes, sages-femmes, pharmacien·ne·s). 96 observations de consultations ont pu être réalisées auprès de certain·e·s d’entre elles·eux, dans diverses structures : cabinets libéraux, cliniques, hôpitaux, centres de planification et centres de santé.

Ce travail de recherche s’inscrit notamment dans les champs de l’anthropologie politique de la santé et de la sociologie du genre.

Autres activités scientifiques

01-31 août 2019 : Séjour de recherche à la Universidad de la República de Montevideo (Uruguay) dans le cadre du projet INCASI (International network for compared analysis of social inequalities)

2015-aujourd’hui : Membre d’Arpège (réseau genre pluridisciplinaire à Toulouse)

2015-2018 : Membre d’EFiGiES Toulouse

Publications dans revues à comité de lecture

Fonquerne Leslie, 2020, « À qui faire avaler la pilule ? Pratiques de soin et inégalités en consultations de contraception », Émulations – Revue de sciences sociales, no 35‑36, p. 65‑79.

Le Guen Mireille, Roux Alexandra, Rouzaud-Cornabas Mylène, Fonquerne Leslie, Thomé Cécile, Ventola Cécile pour le Laboratoire junior Contraception&Genre, 2017, « Cinquante ans de contraception légale en France : diffusion, médicalisation, féminisation », Population et Sociétés, 549, p. 1‑4.

Autre publication

Fonquerne Leslie, Zeller Justine, 2018, « Mémoires et actualités de la contraception et de l’avortement en France », Mondes sociaux, 5 mars 2018.