Mylène Rouzaud-Cornabas

mylènePolitiste
m.rouzaudcornabas@gmail.com

Docteure en santé publique, Politiste

 

Thèse (soutenue le 2 décembre 2019)

« Alerte à la pilule ». Politiques contraceptives et régulation du risque au prisme du genre

Directeur·trice : Nathalie Bajos (Inserm) et Daniel Benamouzig (CSO)

Résumé

En décembre 2012, une controverse sur les risques accrus de thrombose veineuse profonde associés aux pilules contraceptives dites de nouvelles générations éclate en France. Cette controverse conduit à l’expression d’une critique à l’égard de la pilule en France, érigée jusqu’alors comme symbole de l’émancipation féminine. Près d’une femme sur cinq abandonne la pilule au profit d’autres méthodes, déstabilisant le modèle contraceptif français centré sur la promotion de ce contraceptif. Malgré son intensité, la controverse est tardive. Dès 1995, les risques associés avaient été identifiés dans de nombreux pays européens, dont le Royaume-Uni.
Cette thèse cherche à comprendre le confinement des risques pendant près de vingt années en France. Elle s’appuie sur une enquête par entretiens semi-directifs (n=74) conduits auprès d’acteur·rice·s français·es et européen·ne·s de la contraception, complétée par une analyse des archives du Ministère de la Santé et par une revue de la littérature scientifique et institutionnelle. L’analyse de la controverse britannique de 1995 apporte un éclairage sur les spécificités de la situation française.
L’analyse de cette controverse permet de retracer les politiques contraceptives françaises des années 1980 à nos jours. Cette histoire met en évidence la structuration d’un espace de la contraception construit autour d’un schéma hormonal et genré d’appréhension des corps reproducteurs. Il fait apparaître le rôle central des laboratoires pharmaceutiques et l’influence importante de la gynécologie médicale en France. Ces éléments permettent de mieux comprendre la minimisation des risques associés aux contraceptifs hormonaux en France.
Outre les stratégies de dissimulation du risque, la trajectoire de cette controverse témoigne aussi d’une division sexuelle du risque, notamment en matière de régulation du médicament. De nombreux travaux ont documenté les effets de la (bio)médicalisation de la contraception sur sa féminisation. Rares sont ceux qui proposent une analyse de la régulation du médicament en général et des contraceptifs en particulier dans une perspective de genre. Les logiques scientifiques, institutionnelles et politiques de définition, mesure et traitement du risque médicamenteux se sont pourtant construites autour d’une appréhension genrée des corps féminin et masculin. La controverse de 2012-2013 met en lumière une distinction et un partage inégal du risque contraceptif entre les sexes, une asymétrie qui repose sur l’essentialisation du travail contraceptif et reproductif.

Publications

Le Guen Mireille, Rouzaud-Cornabas Mylène, Panjo Henri, Rigal Laurent, Ringa Virginie, Moreau Caroline, for the Health Barometer group 2016, 2020, « The French pill scare and the reshaping of social inequalities in access to medical contraceptives », SSM – Population Health, 11, p. 100606.

Rouzaud-Cornabas Mylène, 2019, « Alerte à la pilule ». Politiques contraceptives et régulation du risque au prisme du genre, Thèse de doctorat en Santé publique, option sociologie, Université Paris-Saclay, 624 p.

Thomé Cécile, Rouzaud-Cornabas Mylène, 2017, « Comment ne pas faire d’enfants ? La contraception, un travail féminin invisibilisé », Recherches sociologiques et anthropologiques, 48(2), p. 117‑137.

Le Guen Mireille, Roux Alexandra, Rouzaud-Cornabas Mylène, Fonquerne Leslie, Thomé Cécile, Ventola Cécile pour le Laboratoire junior Contraception&Genre, 2017, « Cinquante ans de contraception légale en France : diffusion, médicalisation, féminisation », Population et Sociétés, 549, p. 1‑4.

Bajos Nathalie, Rouzaud-Cornabas Mylène, Panjo Henri, Bohet Aline, Moreau Caroline, l’équipe Fécond, 2014, « La crise de la pilule en France : vers un nouveau modèle contraceptif ? », Population et Sociétés, 511, p. 1‑4.

Mémoire de Master 2 sur l’IVG : « La peur au ventre. L’accès et la prise en charge de  l’IVG au prisme des réformes de santé », Sciences Po Lyon, sous la direction de Christine Dourlen.