Marion Tisserand

marionÉtudes de genre
marion.tisserand@gmail.com

Master en études de genre (Université Lyon 2, 2016-2018)
En recherche d’une direction de thèse en genre et santé sexuelle


Titre du mémoire de master genre
: Contraceptions naturelles et outils numériques. Les symboliques du corps à l’épreuve du genre

Directrice de mémoire : Michèle Cros (Université Lyon 2)

Résumé

Lorsqu’elles évoquent leur pratique d’une méthode de contraception dite naturelle, les enquêtées parlent de « réappropriation » et de « reconnexion » avec leur corps, ou encore « d’empouvoirement ». Parmi elles, nombreuses sont celles à avoir recours à un outil numérique pour observer leurs cycles menstruels. D’ailleurs, selon Clue, l’une des principales applications de ce type, un million de personnes à travers le monde a recours à cet outil numérique. Si 10 entretiens réalisés avec des femmes de 21 à 28 ans ont été retenus, cette recherche de master en genre s’appuie en outre sur la réalisation d’une étude sur les applications numériques de suivi des règles menée au Planning familial de Paris et sur une observation au sein d’une Fondation de contraception dite naturelle. À la croisée de la sociologie du genre et de l’anthropologie de la nature, j’ai interrogé la manière dont le suivi via un outil numérique contribuait à redéfinir les représentations associées aux cycles menstruels. Il faut dire que, en choisissant cette pratique corporelle, les jeunes femmes rencontrées s’émancipent de certaines normes – notamment de genre. Toutes refusent en effet une certaine appropriation médicale de leur corps et de leur fertilité. Grâce au suivi numérique, les enquêtées objectivent les variations observées au cours des cycles et libèrent dans une certaine mesure un imaginaire du corps. Enfin, en tentant de reconnecter les différentes parties de leur corps et en inscrivant celui-ci dans un ordre de la nature, les enquêtées remettent en question une division nature/culture répandue dans nos sociétés. L’adhésion à un nouvel imaginaire associé aux cycles menstruels par les enquêtées s’accompagne néanmoins du respect de nouvelles normes. Ainsi, les enquêtées n’échappent pas aux normes de régularité et de douleurs associées aux règles – portées notamment par le discours médical. Par ailleurs, l’irrégularité des menstruations et la déconnexion que ressentent les enquêtées vis-à-vis de leur corps sont perçues comme un déséquilibre qu’il convient de restaurer par de nouveaux soins du corps tels qu’une attention particulière à l’alimentation, le recours aux médecines alternatives et à l’automédication ou encore l’usage de coupes menstruelles. Enfin, les outils numériques utilisés par les enquêtées se fondent sur des données construites médicalement et inscrites dans des enjeux de genre, de classe et de race. Par le recours à ces outils, les enquêtées se trouvent confrontées à un certain modèle de féminité.

Projet de thèse

Elles sont nombreuses à échanger quotidiennement sur les réseaux sociaux des conseils pour gérer leur fertilité – et plus globalement les évènements menstruels – d’une manière dite naturelle. Par exemple, le groupe Facebook de « gynécologie naturelle » rassemble 10 000 personnes. Parmi elles, nombreuses sont celles à prôner les méthodes de contraception dites naturelles, pour lesquelles certaines ont recours à des outils numériques. Comment ne pas voir un apparent paradoxe dans le recours au numérique et aux réseaux sociaux dans une démarche de retour vers la « nature » ? Il faut dire que, comme le résume la sociologue Simone Bateman au sujet des contraceptions dites naturelles, « la perception de ce qui est naturel varie beaucoup, mais l’idée constante qui motive ce choix est qu’il ne faut pas imposer au corps une méthode qui risque de toucher à l’intégrité de celui-ci ». Dans une optique de préservation de l’intégrité du corps, dans un souci d’indépendance vis-à-vis du corps médical, mais aussi de protection de l’environnement, elles sont nombreuses à refuser les contraceptions hormonales et, plus largement, le recours aux médicaments. D’ailleurs, certaines s’interrogent sur les réseaux sociaux sur la possibilité de se passer d’une intervention médicale au profit d’un avortement à l’aide de plantes ou de mouvements particuliers du corps. Plus largement, certaines participantes à ces échanges parlent de « saisons du cycle féminin », une vision selon laquelle les phases du cycle menstruel correspondent à différentes humeurs et comportements. D’autres conseillent de participer à des cercles de femmes afin de « se reconnecter à leur féminité ». La plupart des membres de ces communautés virtuelles sont végétariennes ou véganes, privilégient l’automédication aux consultations médicales, dans un souci d’indépendance mais aussi de protection de l’environnement, une préoccupation qui s’étend à la gestion des saignements avec le recours massif aux coupes menstruelles voire au flux libre instinctif. Cette pratique de continence des saignements permet en effet de se passer de protections hygiéniques pendant les menstruations. Qui sont ces personnes qui optent pour une gestion dite naturelle de leur fertilité et de ce qu’elles qualifient comme leur féminité ? Quel imaginaire du corps sous-tend ces pratiques ? Quelles nouvelles normes régissent ces pratiques ? Qu’est-ce qu’une gestion dite naturelle de la sphère gynécologique change du rapport au corps, à la sexualité, à la santé, mais aussi au·x partenaire·s ? Dans le cadre d’une thèse et selon une perspective de genre, nous partirons à la rencontre de ces personnes ayant opté pour une « gynécologie naturelle ».

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