Valentine Becquet

valentineDémographe
valentine.becquet@ined.fr

Chargée de recherche à l’Ined

  

Activités de recherche

Je suis chargée de recherche à l’Ined depuis octobre 2019. Je travaille sur plusieurs projets actuellement :

  • le projet Princesse (ANRS 12381) : il s’agit de développer, documenter et analyser une offre de soins communautaire combinant dépistage, prévention combinée dont prophylaxie préexposition (PrEP), traitement immédiat du VIH, prise en charge de l’hépatite B et santé sexuelle et reproductive (SSR) pour les travailleuses du sexe en Côte d’Ivoire. Dans ce projet, j’analyse notamment, au moyen de questionnaires à passages répétés et de trois vagues d’entretiens qualitatifs, la manière dont les trajectoires sociales, relationnelles et migratoires des travailleuses du sexe vont avoir une influence sur leur adhésion, leurs pratiques et leurs modes d’appropriation du dispositif de santé du projet Princesse, et plus globalement sur leurs parcours de soins.
  • IVG et crise sanitaire en France : ce projet en cours d’élaboration vise à analyser les effets conjoncturels de la crise sanitaire sur les IVG à court et moyen termes, notamment à travers les données de l’Assurance maladie.
  • Trajectoires sociales, relationnelles et reproductives des femmes en Afrique de l’Ouest : ce projet est en cours d’élaboration. Partant du constat que la prévalence contraceptive est faible et le recours à l’avortement élevé en Afrique de l’Ouest, malgré la baisse de la demande d’enfants, et que les nombreux rapports sexuels non protégés entraînent également des risques infectieux, je voudrais dépasser le cadre classique d’analyse de la contraception en termes de besoins non couverts pour considérer la multitude de pratiques reproductives et de situations contraceptives qui existent selon les phases du cycle de vie. Il s’agira de retracer les trajectoires sociales, relationnelles et reproductives des femmes au sein desquelles des situations favorisent la prise de risques et entraînent la survenue de rapports non protégés. En comparant la Côte d’Ivoire, le Sénégal et le Nigéria, je propose ainsi d’analyser l’agentivité des femmes dans la maîtrise de leur sexualité et la régulation de leur fécondité, en considérant le caractère relationnel des processus procréatif et contraceptif, ainsi que leur inscription dans les rapports de genre.

Autres travaux de recherche

J’ai effectué une étude pour l’Organisation mondiale de la Santé sur l’élévation du niveau de formation des sages-femmes au Mali et les implications sur la santé maternelle en milieu rural. Cette étude a été l’occasion d’effectuer un séjour d’un mois au Mali en mai-juin 2018 pour mener des entretiens auprès de décideurs politiques, d’enseignants et de professionnels de santé.

En collaboration avec des chercheures du Ceped, une équipe ivoirienne (Université Alassane Ouattara) et une chercheure burkinabé (IRSS / Université de Montréal), nous avons mené en 2019 une étude pilotée par Médecins du Monde sur les pratiques d’avortement des femmes dans un cadre légal restrictif, en Côte d’Ivoire et au Burkina Faso (usages populaires, pratiques à risque, usages informels du misoprostol), en mettant l’accent sur le développement récent de l’avortement médicamenteux. Il s’agissait de conduire divers entretiens individuels et collectifs avec des femmes et des professionnels de santé afin de comprendre les trajectoires reproductives des femmes. Cette étude a fait l’objet d’une publication par Médecins du Monde, et différents outils de valorisation sont en cours de montage (documentaire, atelier avec des slammeurs ivoiriens).

Post-doctorat (2016-2019)

J’ai effectué un post-doctorat à l’Institut de Recherche pour le Développement, en étant rattachée à l’équipe « Santé, vulnérabilités et relations de genre au Sud », labellisée Inserm au sein du Ceped. J’ai travaillé dans un premier temps sur le projet PREP-CI (ANRS 12361), financé par la Fondation Bill et Melinda Gates, qui visait à évaluer la pertinence et la faisabilité d’un essai interventionnel, afin de proposer la prophylaxie préexposition (PrEP) orale comme outil de prévention du VIH, pour les travailleuses du sexe en Côte d’Ivoire. La PrEP est en effet un outil dont l’efficacité thérapeutique est largement prouvée, mais dont les contraintes ne sont pas forcément adaptées au mode de vie, à la marginalisation sociale et à la précarité d’une grande partie des travailleuses du sexe. Ce projet était fondé sur la collaboration entre des chercheurs du Ceped, une équipe de médecins et d’épidémiologistes ivoiriens du programme PACCI, le site de l’ANRS établi au sein du CHU de Treichville à Abidjan et deux ONG, Espace Confiance et Aprosam. Dans le cadre de cette recherche, j’ai effectué six missions de plusieurs semaines, dont quatre semaines de terrain exploratoire entre Abidjan et San-Pédro, lors desquelles j’ai interrogé 60 travailleuses du sexe sur différents sites de prostitution afin d’appréhender leurs parcours, leurs pratiques à risque, leurs trajectoires de soins de santé sexuelle et reproductive ainsi que les obstacles à leur accès aux soins. À nouveau, la méthodologie mixte était mobilisée dans ce projet : l’enquête qualitative dont j’étais responsable s’est faite en parallèle d’une enquête quantitative menée auprès de 1000 femmes, ainsi que d’un dépistage d’infection récente.

A partir de l’étude exploratoire PrEP-CI, nous avons développé une recherche opérationnelle qui renverse le paradigme de soins en replaçant les patientes au centre des services de santé (quel que soit leur statut sérologique). Ce projet intitulé Princesse (ANRS 12381) fait l’objet d’un financement de trois ans de l’ANRS qui a débuté fin 2018. J’ai également obtenu une bourse postdoctorale de deux ans de l’ANRS, à partir d’octobre 2018.

Thèse (soutenue en novembre 2015)

Des inégalités de genre à la sélection sexuelle prénatale : la masculinité des naissances au Viêt Nam

Directeur de thèse : Christophe Z. Guilmoto (IRD-Ceped)

Résumé

De l’Albanie à la Chine, différents pays dans le monde sont affectés par des déséquilibres du rapport de masculinité à la naissance. Le Viêt Nam est de ceux parmi lesquels le phénomène est le plus récent, mais la hausse mesurée depuis 2006 est extrêmement rapide : il s’établit aujourd’hui à 112 naissances de garçons pour 100 naissances de filles au niveau national, et excède 120 dans plusieurs provinces. Au Viêt Nam, cette hausse est exclusivement liée à la sélection sexuelle prénatale, qui résulte de la combinaison de trois facteurs (Guilmoto, 2009), que cette recherche se propose de comprendre. Les couples qui ont recours aux avortements sexo-sélectifs sont disposés à le faire (facteur de demande), parce qu’ils ont une préférence pour les garçons liée à différents arguments sociaux, culturels et économiques. Ils en ont également la possibilité (facteur d’offre), grâce à la légalité du recours à l’avortement provoqué et à l’accès aux échographies qui s’est généralisé au cours de la dernière décennie, dans la majorité des zones urbaines et rurales. Enfin, il y a un facteur de pression, exercée par le faible niveau de fécondité – allant de 1,7 à 2,6 enfants par femme selon les régions en 2009 -, qui accroît le risque de ne pas avoir de fils. S’il existe de fortes disparités régionales dans les statistiques de la masculinité des naissances, partiellement liées à des différences de fécondité et de prospérité, ce sont les variations dans l’intensité de la préférence pour les garçons qui expliquent en premier lieu cette diversité. Le Delta du Fleuve Rouge, dans le Nord, est marqué par un système de parenté patriarcal et patrilinéaire, dans lequel avoir un fils apparaît indispensable pour légitimer le statut des femmes au sein de leur famille et de la société. La situation au sud du Viêt Nam apparaît plus complexe : la mixité de la descendance est privilégiée, en raison notamment du brassage culturel des Khmer bilatéraux et des Cham matrilinéaires, avec les Kinh traditionnellement patrilinéaires, qui s’est développé à travers les siècles. En outre, le Doi Moi à la fin des années 80 et la libéralisation du marché économique ont entraîné un désengagement de l’État de nombreuses structures sociales collectives et engendré une résurgence des traditions rituelles et familiales, qui ont renforcé la dimension patriarcale de la société; c’est cependant moins marqué dans le Sud, en raison de la fracture qui s’est établie durant plusieurs décennies du XXe siècle entre les deux parties du pays. Ce travail de thèse associe une analyse statistique approfondie des données du recensement de 2009 et de l’enquête intercensitaire 2014, et une étude sociologique des différents rôles de genre au sein du couple et de la famille, notamment grâce à la conduite de trois enquêtes qualitatives au Nord et au Sud du Viêt Nam. Il décrit les variations régionales de la préférence de genre, et compare les effets distincts de plusieurs caractéristiques (notamment zone urbaine ou rurale, niveau d’éducation, statut socio-économique, origine ethnique, composition sexuelle de la descendance) sur les comportements de fécondité.

Retrouvez-moi sur Researchgate

Publications

Mazuy Magali, de La Rochebrochard Elise, Becquet Valentine, Rozée Virginie, 2020, « IVG, grossesse, accouchement : quand la crise sanitaire menace les droits des femmes », The Conversation, 5 mai 2020.

Becquet Valentine, Nouaman Marcellin, Plazy Mélanie, Masumbuko Jean-Marie, Anoma Camille, Kouamé Soh, Danel Christine, Eholié Serge, Larmarange Joseph, 2020, « Sexual health needs of female sex workers in Côte d’Ivoire: a mixed-methods study to prepare the future implementation of pre-exposure prophylaxis (PrEP) for HIV prevention », BMJ Open, 10:e028508.

Becquet Valentine, 2019, « Concevoir un fils à tout prix : le détournement des technologies de reproduction dans la société vietnamienne », Sciences sociales et santé, 37(4), p. 5‑29.

Becquet Valentine, Luu Bich Ngoc, 2019, « Une « préférence féodale » : divergences entre les constructions sociales de la préférence pour les garçons, les représentations et les politiques publiques autour de la sélection sexuelle prénatale au Vietnam », Autrepart, 2017/3(83), p. 3‑24.

Becquet Valentine, Guilmoto Christophe Z., 2018, « Le déséquilibre des sexes à la naissance au Vietnam : de la hausse rapide à la stabilisation », Population (French Edition), 73(3), p. 543‑570.

Larmarange Joseph, Becquet Valentine, Masumbuko Jean-Marie, Nouaman Marcellin, Plazy Mélanie, Danel Christine, Eholié Serge, 2018, « Implementing preexposure prophylaxis among key populations: an opportunity for patient-centered services and management of hepatitis B », AIDS, 32(6), p. 829‑830.

Becquet Valentine, 2016, « Deux perspectives régionales sur les déséquilibres de sexe à la naissance au Viêt Nam », in Cosio Zavala Maria Eugenia, Loenzien Myriam de, Luu Bich Ngoc (dir.), Dynamique de la population et transformations de la société dans le Viêt Nam contemporain, Nanterre, Presses Universitaires de Paris Nanterre, p. 45‑66.

Becquet Valentine, 2015, Des inégalités de genre à la sélection sexuelle prénatale : la masculinité des naissances au Viêt Nam, Thèse de doctorat en Démographie, Sorbonne Paris Cité.

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